• Usain Bolt enflamme
    le Nid d'Oiseau

    Emmanuel Quintin (sport24.com), envoyé spécial à Pékin
    20/08/2008 | Mise à jour : 20:05 |
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    Usain Bolt règne sur le Nid d'Oiseau
    Usain Bolt règne sur le Nid d'Oiseau Crédits photo : AFP

    L'exploit d'Usain Bolt en finale du 200 m a transporté, l'espace de 19''30, les 91 000 spectateurs du Nid d'Oiseau de Pékin dans une nuit inoubliable. Une nuit magique.

    Bolt dans la légende

    C'était le genre de soirée où l'on sent qu'il va se passer quelque chose. Le genre de soirée qu'on se remémore avec émotion des années plus tard. Au niveau de celle qui avait vu le duel somptueux entre Carl Lewis et Mike Powell à la longueur lors des Championnats du Monde de Tokyo en 1991. Ou de celle du record du monde du 200 m de Michael Johnson lors des Jeux d'Atlanta en 1996. Le 200 m. Déjà... Le public du Nid d'Oiseau de Pékin se souviendra longtemps de ce mercredi 20 août. Le soir où Usain Bolt a dépossédé la loco de Waco, le surnom de Johnson, de son record du monde du 200 m. Au cours d'une soirée chaude, moite et électrique.

    Les gladiateurs dans l'arène

    Tout au long de la session de nuit, on a pu sentir la tension monter petit à petit. A mesure que l'heure avançait et que les finales se rapprochaient, le stade se remplissait peu à peu pour être archi comble sur les coups de 22h10 quand les huit finalistes du 200 m pénétraient dans l'arène. L'énumération des noms des huit sprinters, sur fond de musique guerrière, saccadée, achevait d'électriser l'atmosphère. L'apparition du visage d'Usain Bolt sur les écrans géants du stade était accueillie par un tonnerre d'applaudissements, de cris d'encouragements et de crépitements de flash. Le tout redoublé quand le Jamaïcain esquissait son traditionnel pas de danse pour saluer le public. Effet garanti, les spectateurs étaient aux anges. Imperméable à la pression, Bolt avait le sourire quand ses adversaires américains, Walter Dix et Shawn Crawford, semblaient tendus. L'issue de la finale ne faisait guère de doute mais le public ne voulait pas qu'une simple victoire. Les démonstrations de facilité répétées du prodige des Caraïbes lors des tours de qualification l'avaient rendu gourmand.

    Alors quand tous les sprinters se rangèrent aux ordres du starter, le silence se fit dans l'immense enceinte pékinoise. La chaleur, l'humidité et ce silence de cathédrale, aussi court que profond, donnaient toute sa solennité à l'instant. Dans quelques secondes, on allait savoir ! Puis ce fut le coup de feu. Le coup de canon même pour Bolt qui, en cinq foulées, avait déjà avalé le Zimbabwéen Brian Dzingai. A la sortie du virage, la nouvelle star du sprint mondiale était déjà largement en tête, en route pour une course record. Le public ne voulait pas en rater une miette et, telle une vague humaine géante, les spectateurs assis dans la ligne droite se levèrent pour mieux voir la Rasta roquette jamaïcaine déployer sa foulée. Sur la piste, Bolt n'amusait plus personne, comme il avait pu le faire durant ses quatre tours du 100 m et ses trois du 200 m.

    Ragga Dance Hall

    Au contraire, pour la première fois de ces Jeux, il se donnait à 100%, les muscles tendus et l'oeil rivé sur le chrono situé au niveau de la ligne d'arrivée. Dans un dernier effort, il cassait sur la ligne avant de vite relever la tête vers l'écran géant. «19''31, World Record», indiquait le panneau lumineux (le temps sera ensuite corrigé à 19''30). Abasourdi, stupéfait, foudroyé par l'éclair Bolt («Lightning Bolt» le surnomment les Anglo-Saxons), le public marquait un dixième de seconde de silence avant de réaliser la portée de ce qu'il venait de vivre et de laisser exploser sa joie. Usain Bolt exultait, s'effondrait au sol avant de se relever au son du reggae craché par la sono du stade, puis par un touchant «Happy Birthday» en son honneur (il fête ses 22 ans ce jeudi). Le Jamaïcain partait alors dans un tour d'honneur en forme de folle sarabande, s'adonnant à sa deuxième passion, la danse. De Pékin, où le clan jamaïcain ne manquera pas de faire la fête, à Kingston, cette nuit dansante promettait d'être longue...

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