Presque tous les week-ends, la longue litanie des adolescents poignardés à Londres reprend. Le week-end dernier, Nilanthan Murddi, âgé de 17 ans seulement, a fait les gros titres de la presse britannique : lors d'une rixe dans la nuit de vendredi à samedi à Croydon, en grande banlieue sud de la capitale britannique, le jeune homme a été poignardé au cou. Cette fois-ci, les premiers éléments de l'enquête indiquent un crime raciste. Mais ce qui devrait n'être qu'un fait divers aussi tragique que rare est devenu un phénomène de société outre-Manche : Nilanthan était le vingt-troisième adolescent victime d'un meurtre à l'arme blanche à Londres depuis le début de l'année. Cela en fait presque un par semaine et c'est en passe de dépasser le «record» de vingt-six meurtres de l'an dernier. Cette vague de crimes, souvent des règlements de comptes entre gangs d'adolescents, provoque une immense vague d'émotion. Le débat a encore rebondi lors de l'assassinat sauvage des deux étudiants français le mois dernier, l'un d'entre eux poignardé à 196 reprises, même si le crime ne relève pas du même registre.
L'émotion semble en grande partie justifiée. L'an dernier, 22 151 attaques à l'arme blanche ont été recensées ! Difficile cependant de savoir s'il s'agit d'une hausse, dans la mesure où c'est la première année que le ministère de l'Intérieur identifie à part cette catégorie de crime.
Mais le sujet inquiète toute la société britannique : la Chambre des communes y a consacré un débat en juin, et le gouvernement britannique a lancé un grand programme d'action, mélangeant campagnes de sensibilisation et confiscation des armes.
Le quartier de Peckham, dans le sud de Londres, est un exemple type du phénomène. Avec ses alignements de maisons identiques en brique rouge, plutôt pauvre mais sans être à l'abandon, l'endroit semble au premier abord servir de cité-dortoir pour une population en grande partie immigrée. C'est pourtant près d'ici que plusieurs crimes d'adolescents se sont déroulés.
«Le quartier est divisé en zones contrôlées par les différents gangs, explique Gareth Rees, consultant social local. Ils ont chacun leur nom de guerre : Peckham Boys, Muslim Boys, Clapham Kids…» Gareth Rees cite notamment un petit restaurant caribéen situé sur la grande rue voisine, qui est réputé pour être le lieu de réunion de l'un d'entre eux. «Les gangs recrutent des “soldats” de 14 ou 15 ans, parfois en leur offrant de la drogue gratuite.» Selon lui, les stupéfiants sont le carburant de ces gangs. «Un jeune peut gagner 800 livres (1 000 euros) par semaine en se faisant dealer. Dans un quartier pauvre comme ici, où 80 % des habitations sont des HLM, une telle somme est irrésistible.»
La bataille des gangs, essentiellement à Londres, mais aussi à Glasgow ou Manchester, provoque une véritable psychose chez les jeunes eux-mêmes : 55 % des adolescents des quartiers difficiles de Londres craignent pour leur sécurité pendant les mois inactifs de l'été, selon un sondage réalisé par la BBC en juillet.
La peur est telle que 19 % affirment avoir besoin de porter un couteau sur eux pour se sentir en sécurité. Ces craintes ne font pas de la Grande-Bretagne un pays particulièrement dangereux. Le nombre d'attaques violentes est en baisse de 49 % depuis 1995 et les homicides restent relativement constants.
En revanche, la nouveauté est l'âge des victimes et des agresseurs, qui sont de plus en plus jeunes. «Nous assistons à un changement inquiétant : les délinquants étaient jusqu'à présent de vieux adolescents, ils sont maintenant de jeunes adolescents», explique Ken Jones, président de l'ACPO (Association of Chief Police Officers). L'émotion provoquée par les meurtres à l'arme blanche n'est pas prête de s'éteindre.
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