• Les salariés français partagés sur l'utilité des langues étrangères

    Angélique Négroni
    10/11/2008 | Mise à jour : 10:33
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    Dans un très proche avenir, la pratique de l'anglais deviendra le sésame incontournable pour obtenir un travail.
    Dans un très proche avenir, la pratique de l'anglais deviendra le sésame incontournable pour obtenir un travail. Crédits photo : Laurent CERINO/REA

    Un sur deux estime que la pratique d'une autre langue que le français n'est pas indispensable dans le cadre de son travail.

    Alors que Xavier Darcos fait de l'apprentissage de l'anglais au lycée une nécessité absolue pour que les bacheliers deviennent tous bilingues, cette préoccupation s'étiole singulièrement dans le monde du travail.

    Selon un récent sondage réalisé par le site de recrutement Monster, 51 % des salariés estiment en effet que la maîtrise d'une langue étrangère au travail n'est pas une priorité. Un taux particulièrement faible si on le compare aux résultats recueillis dans d'autres pays.

    Ainsi au Luxembourg, en Espagne et en Suisse, on accorde une plus grande importance aux langues étrangères puisque respectivement 69 %, 68 % et 66 % des salariés de ces pays jugent indispensable d'être polyglottes dans le cadre de leur travail. Ils sont suivis par les Allemands (57 %), les Italiens (55 %), les Autrichiens (54 %) et les Belges (50 %). Inversement, dans les pays anglophones, les employés estiment dans leur grande majorité qu'il n'est pas nécessaire d'être bilingues. C'est le cas de 78 % des salariés américains.

    À l'heure où l'anglais domine le monde des affaires, les résultats recueillis en France ont de quoi surprendre. D'autant que, ajoute Monster, la majorité des entreprises sont aujourd'hui tournées vers l'international. « Face à un employeur en situation de recruter, la différence entre deux candidats peut se faire au niveau de la maîtrise d'une langue étrangère », souligne Bruno Brémond, vice-président de Monster France.

    Un avis partagé par Alain Daumas, directeur France de la société ETS, qui conçoit des tests d'anglais prisés par les entreprises pour jauger les niveaux des candidats à des postes. « De plus en plus de sociétés exigent un niveau certain en anglais et font obligatoirement passer des tests aux postulants. Les résultats livrés par ce sondage sont pour le moins déconcertants et regrettables », estime-t-il, en rappelant que dans un très proche avenir l'anglais deviendra « le » sésame incontournable pour obtenir un travail. « En 2010, on estime que pour huit offres d'emplois sur dix, un niveau d'anglais sera exigé. Une nécessité qui frappera tous les domaines. »

    Une voix dissonante

    Dans ce concert de re­marques allant toutes dans le même sens, le linguiste français Claude Hagège fait entendre une voix pour le moins dissonante. Ce directeur d'études en linguistique structurale à l'École pratique des hautes études met d'ailleurs tout simplement les pieds dans le plat. Pour lui, ce sondage est le juste reflet des besoins des salariés. « Quand ils travaillent en France, ces derniers, dans leur majorité, n'ont pas besoins de s'exprimer autrement qu'en Français. Pensez-vous qu'un ouvrier doive savoir parler l'anglais ?  », interroge-t-il en fulminant contre cet anglais galopant qui envahit le français. Et de mettre en garde tous les employeurs qui feraient le tri de leurs salariés par le seul filtre de la maîtrise de cette langue.

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