• Cadres : les quadras au bord de la crise de nerf

    Jean-François Arnaud
    21/04/2008 | Mise à jour : 11:44
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    Les Anglo-saxons la baptisent «midlife crisis», une occasion de se remettre en cause qui peut aussi déboucher sur une réorientation professionnelle.
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    C'est le dernier mot à la mode dans les entreprises. On la soigne, on la frise, on la frôle, on y succombe, on gère celle de son chef... la midlife crisis (MLC), littéralement, la crise de milieu de vie que l'on appelle aussi de façon inexacte: la crise de la quarantaine. Elle touche indifféremment les hauts potentiels et les placardisés et coûte une fortune (difficile à chiffrer) chaque année aux entreprises.

    On lui attribue de façon un peu rapide, mais toujours bienveillante et tellement moderne, les sautes d'humeur d'un collaborateur ou les erreurs d'un autre. «On emploie souvent le mot anglais parce que c'est aux États-Unis et au Canada que l'on a décrit en premier ce syndrome », souligne la psychiatre Françoise Millet-Bartoli, grande spécialiste de ce mal moderne en France. Plus grave, la MLC ronge la personnalité et peut déboucher sur des bouleversements très importants pour ceux qui prennent le parti de traiter leur MLC en changeant de vie.

    Mais pour mieux la soigner, il vaut mieux la reconnaître. Ça commence par une petite fatigue et quelques doutes chez ces cadres quadragénaires qui, jusque-là, ont toujours foncé tête baissée, certains d'être payés à long terme, en reconnaissance, en salaire et en promotions pour leurs efforts.

    Le terrain est prêt pour que la MLC s'épanouisse. «Il y a souvent un facteur déclenchant, un événement douloureux, comme le décès des parents, la crise d'adolescence des enfants ou plus simplement l'impression de vieillir, indique Monique de Kermadec, psychanalyste, spécialiste de la réussite sociale, on prend tout à coup conscience du temps qui passe et de tout ce que l'on n'a pas encore accompli.»

    Gare au terrain dépressif

    Les spécialistes pointent une autre caractéristique de la MLC. Elle prospère sur un «terrain plus ou moins dépressif». Mais dépression et MLC ne sont pas toujours liés. Elle se manifeste aussi par un sentiment de frustration.

    Bizarrement, la MLC semble épargner les femmes. Selon Monique de Kermadec, les hommes sont beaucoup plus concernés. «C'est une crise liée à la réussite et au temps qui passe, or j'ai l'impression que les femmes n'ont pas attendu la quarantaine pour en prendre conscience. Chez elles, cela correspond plutôt à leur première maternité, un moment où elles ont déjà dû faire des choix de carrière et se poser la question amère de la réussite. » Il est pourtant tout à fait possible d'en sortir par le haut. Premier conseil, ne pas paniquer, ce genre de période peut se révéler être une opportunité. «Il faut avoir l'intelligence d'oser en parler, conseille Monique de Kermadec, il faut trouver quelqu'un dont on n'est pas trop proche mais à qui on fait confiance.»

    Même quand l'humeur est morose, il peut être très utile de faire un bilan. «Demandez-vous quelles sont vos envies, quels sont les chemins que l'on vous a jamais laissé explorer jusque-là, conseille le navigateur Gérald Viénard, l'un de nos grands témoins qui a carrément changé de vie, délaissant sa carrière prometteuse mais insatisfaisante chez le leader de la blanchisserie industrielle pour vivre sa passion pour la mer à temps plein après avoir réussi à concilier les deux pendant plusieurs années.

    Mais la solution n'est pas toujours dans la rupture. «Attention à ne pas confondre une réorientation et une fuite en avant», prévient Françoise Millet-Bartoli. L'humoriste François-Xavier Demaison, ancien fiscaliste international abonde avec sagesse: «Écoutez vos envies, mais préférez les transitions en douceur.»

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