• Le PS, un chef-d'œuvre
    en péril

    Par François Sureau
    21/11/2008 | Mise à jour : 20:50
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    L'écrivain se désole du spectacle offert cette semaine par les responsables du Parti socialiste.

    C'était une émission de télévision de notre jeunesse. On y voyait en noir et blanc des monuments délabrés, proposés à l'attention et à la charité publiques. La vieille maison de Léon Blum ressemble à ces monuments-là. Voilà des mois que ses héritiers l'ont changée en maison de trafic, trafic de voix, de prébendes et d'honneurs, et la pitié le dispute au dégoût. Si peu socialiste qu'on soit, ce parti-là restait digne d'estime, malgré Nucci, malgré Dumas et les accommodements du dernier mitterrandisme, à raison des idées qu'il avait incarnées - celles de « Jaurès, veillé par la justice », comme disait Malraux au Panthéon -, des grandes voix qui s'y étaient fait entendre, des humbles espoirs auxquels il avait donné une forme.

    Nous sommes sortis hier d'un épisode de la bibliothèque noire où le club des Cinq, ayant abusé de substances toxiques, se serait déchiré, où François et Claude auraient creusé des pièges mortels sous les pieds d'une Annie attaquée par le chien Dagobert. De programmes ou de vision, point. C'était en effet prudent. Qui pouvait sérieusement croire qu'Aubry, Royal, Delanoë ou Hamon mèneraient, parvenus au pouvoir, une politique nouvelle, qui justifierait qu'on les choisisse ? Passé le temps d'un mollétisme tactique, Martine Aubry se contentera sans doute de nommer des amis à la tête de banques fraîchement nationalisées. Royal aurait ouvert des bagnes d'enfants. Et ni Hamon ni Delanoë, qui sont si modernes, n'auraient songé - le vide de leurs propos là-dessus en témoigne - à réformer la politique pénale pour la rendre plus juste et plus humaine. S'ils n'y pensaient pas, c'est qu'ils étaient trop occupés d'eux-mêmes, habités par ce désir de nuire qui pour eux avait remplacé les autres. Ces permanents du spectacle sont des intermittents de la conscience. À quelle intensité faut-il que l'amour des places rémunérées de la politique professionnelle soit poussé, pour qu'un anticlérical blanchi sous le tablier supporte les prêches étranges de la sainte du Zénith, sorte de mère l'Oye d'une France au miroir, ou pour qu'hier soir des disciples de Mendès (qui, il est vrai, n'était pas à proprement parler socialiste) ou même d'Auriol, qui fut un bon argentier, hissent sur le pavois la statue de saindoux des trente-cinq heures ? C'est à soupçonner une conspiration de l'échec. Il est douteux que ce pugilat, par lequel une revenante a volé à de jeunes vieillards l'héritage imaginé d'un président américain qu'ils ne connaissent pas, puisse se conclure un jour prochain par l'entrée d'un socialiste à l'Élysée. Ainsi les notables de la gauche pourront-ils conserver leurs villes, leurs régions, les avantages d'une opposition confortable.

    Ce spectacle est réjouissant pour le moraliste, et d'abord parce qu'on y voit de quelle morne tristesse s'accompagne le déchaînement des passions égoïstes. Il n'est pas un de ces postulants qui n'ait semblé vouloir prendre une revanche, satisfaire un ressentiment, venger un affront secret, et c'est cela sans doute qui a empêché chacun d'entre eux de se sacrifier à la cause. Mais ce spectacle n'a rien pour satisfaire le citoyen, qui pense avec raison que le pouvoir, en démocratie, demande une opposition. Aubry ou Royal, nous en sommes loin.

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