• James Gray,
    l'étoffe d'un grand  

    Jean-Luc Wachthausen
    27/11/2008 | Mise à jour : 11:57
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    « Joaquin Phoenix m'a dit : “J'ai envie de prendre un autre chemin.”  Je le comprends, tout en me disant que j'arriverai peut-être à le convaincre de tourner un quatrième film avec moi. Il est difficile de trouver un acteur qui ait une telle intelligence de jeu », confie James Gray.
    « Joaquin Phoenix m'a dit : “J'ai envie de prendre un autre chemin.”  Je le comprends, tout en me disant que j'arriverai peut-être à le convaincre de tourner un quatrième film avec moi. Il est difficile de trouver un acteur qui ait une telle intelligence de jeu », confie James Gray.

    Pour son quatrième film, le cinéaste américain signe une cruelle histoire d'amour avec son acteur fétiche, Joaquin Phoenix, qui abandonne le cinéma pour la musique.

    «Two Lovers» de James Gray (États-Unis, 1 h 50) avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini
    » Retrouvez la critique et les séances à Paris/IDF de « Two Lovers » avec le FigaroScope

    Allure de gros nounours roux, regard de myope dissimulé par des lunettes, le cinéaste américain James Gray, installé dans une suite d'un grand hôtel parisien, assure avec sérieux la promotion de son nouveau film Two Lovers. Une sombre histoire d'amour présentée en compétition au dernier Festival de Cannes dont il est revenu bredouille. À 38 ans, ce New-Yorkais d'origine russe a été remarqué par un premier film désenchanté, Little Odessa, lion d'argent à Venise (1994) et où il évoquait justement la communauté russe de Brighton Beach.

    Essai confirmé quelques années plus tard avec The Yards, sombre drame familial inspiré de Rocco et ses frères et qui marque sa rencontre avec celui qui deviendra son acteur fétiche : Joaquin Phoenix, l'odieux empereur de Gladiator, de Ridley Scott, le clone de Johnny Cash dans Walk the Line, de James Mangold (2005). Il écrira pour lui La nuit nous appartient, polar brutal sur la police de New York et la mafia russe qui s'est taillé un solide succès en ­France, l'an dernier.

    Plus noir que rose

    Pour l'heure, James Gray, à peine arrivé de Los Angeles à Paris, lutte contre le décalage horaire et se dope au café. Il est venu en compagnie de Gwyneth Paltrow, tête d'affiche de Two Lovers au côté de Joaquin Phoenix qui, lui, a plaqué tout le monde et est resté en ­Californie. Sale coup pour le réalisateur, qui a appris il y a à peine quelques jours de la bouche de l'acteur qu'il abandonnait le cinéma pour se consacrer entièrement à la musique et son groupe, les Charlatans.

    « Je suis d'autant plus triste, avoue-t-il, que je ne crois pas que ce soit un coup de tête. Joaquin m'a dit : “J'ai trente-quatre ans et déjà trente ans de métier derrière moi. Au cinéma, il faut tout le temps que je souffre, que je sois malheureux. J'ai envie de prendre un autre chemin.”  Je le comprends, tout en me disant que j'arriverai peut-être à le convaincre plus tard de tourner un quatrième film avec moi. C'est un peu égoïste de ma part, mais il est difficile aujourd'hui de trouver un acteur comme lui qui ait une telle intelligence de jeu. »

    Dans Two Lovers, James Gray a justement donné à Joaquin ­Phoenix le rôle d'un homme qui souffre, partagé entre deux femmes, la volage et inaccessible ­Gwyneth Paltrow, la sage et amoureuse Vinessa Shaw que lui ont présentée ses parents. Un triangle classique pour une romance plus noire que rose dans laquelle on admire le style épuré, émotionnel, de son auteur, qui avoue s'être inspiré d'une nouvelle de Dostoïevski, Les Nuits blanches. « C'est l'histoire d'une obsession, celle d'un homme pour une femme qu'il rencontre dans les rues de Saint­Pétersbourg. Il ressemble beaucoup à mon personnage, sauf que le mien est bourré de Prozac. »

    Et James Gray de défendre un genre souvent raillé, le mélodrame comme « vecteur des sentiments et des émotions. Je ne voulais pas raconter une histoire cynique ni prendre de distance avec mes personnages. Je rêvais de m'approcher de la sincérité, de l'authenticité, de la spontanéité de Fellini dans Les Nuits de Cabiria ». Belle référence pour ce cinéaste doué, formé à l'Université de Californie et qui connaît ses classiques, de Renoir à Hitchcock. En quatre films, il a creusé son sillon, faisant sienne cette réflexion de Martin Scorsese : « Au cinéma, on raconte toujours la même histoire, celle par exemple, d'un étranger qui rentre à la maison ou celle d'un étranger qui quitte la ville. » James Gray, lui, reste à New York et n'a pas peur de se répéter ni de s'attaquer à une histoire d'une touchante simplicité pour en faire un conte cruel sur l'amour fou.

    La bande-annonce

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