• Les rendez-vous de Juliette

    Marie-Noëlle Tranchant
    19/11/2008 | Mise à jour : 18:38
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    À partir de ce soir, Juliette Binoche est à la fois au Théâtre de la Ville, où elle danse pour la première fois, et à la Cinémathèque.

    Un spectacle au Théâtre de la Ville, In-I *. Une rétrospective de vingt films à la Cinémathèque française (jusqu'au 7 décembre), avec une rencontre dialogue le 5 décembre, à 17 h 30. Un livre de dessins et de poèmes consacrés aux cinéastes qui l'ont fait tourner, Portraits in-Eyes (coédition Place des Victoires et Culturesfrance), avec exposition chez Artcurial. La saison culturelle européenne organisée par Culturesfrance est la saison de Juliette. Rendez-vous, le film de Téchiné qui lui a apporté la célébrité internationale, pourrait offrir un titre approprié à ce festival Binoche. Car les multiples rendez-vous qu'elle donne au public ont d'abord été des rendez-vous avec elle-même, à travers différents arts. Mais aussi des rendez-vous avec les réalisateurs qui l'ont construite, parfois en la détruisant, au fil de 25 ans de carrière.

    « Il y a une résonance entre le livre et la rétrospective de mes films, dit Juliette Binoche, parce que ces portraits et ces poèmes sont une façon d'envoyer à chacun une lettre pour dire : voilà ce qui s'est passé pour moi, comment j'ai vécu cette rencontre. C'est mystérieux, la relation entre un cinéaste et une actrice. On se provoque et on s'atteint profondément. La façon dont je suis regardée, écoutée, me transforme et me forme à mon insu. Face à un réalisateur, j'ai envie d'être obéissante, mais j'ai aussi une exigence qui parfois s'impose. »

    Louis Malle est sans doute une des rencontres les plus âpres et les plus douloureuses de Juliette Binoche, qui a été l'interprète de Fatale, en 1992. Sur le portrait, on ne reconnaît pas son visage endommagé (Damage était le titre anglais du film). Le poème évoque « l'odeur possessive de ta lâcheté ». Un étrange malaise reste dans ces pages. « Oui, j'ai le souvenir d'une certaine lâcheté, explique Juliette Binoche. J'étais très fragile à ce moment-là, seule dans un monde d'hommes. Louis se montrait fuyant, de sorte qu'à aucun moment je ne me suis sentie protégée. J'étais continuellement en danger. Lui aussi, peut-être. Mais je crois que le rôle avait quelque chose de fondamentalement antinomique avec moi. Je ne suis pas à l'aise dans la perversité. »

    Vivante obstinée

    Elle se reconnaît davantage dans l'héroïne de Rendez-vous, « cette femme à la recherche de l'absolu, qui ne laissera pas passer sa chance », dans celle de Bleu de Kieslowski « qui se retire du monde », et dans Anna du Patient anglais, « si maternelle et si vulnérable, qui s'invente des mondes pour pouvoir survivre ».

    Mais toutes les expériences sont fructueuses pour cette vivante obstinée, chez qui l'intime rejoint le grand large. « L'humiliation peut être une bonne chose, sans elle, l'orgueil ne se viderait pas. Ca fait partie de l'apprentissage ». Toujours, l'élan qui porte Juliette Binoche va vers le dépassement de soi, et la recherche de l'essentiel. « Jouer est une science de l'être, dit-elle. On se sert de soi pour aller vers une vision commune ».

    Peindre et écrire sont pour elle deux façons proches d'être « en relation avec soi-même, mais pour se laisser traverser par le courant profond de la vie ». Et maintenant, voici la danse, où elle se risque en duo avec le chorégraphe Akram Khan : « C'est fait pour ça, la vie, pour expérimenter, pour aller vers des possibilités de soi-même qu'on n'imaginait pas ! » Leur spectacle, In-I, parle des trois temps de l'amour, le plein de la rencontre, le vide de la séparation, et « ce troisième temps où l'on peut s'éloigner sans se perdre ». Parce que l'amour, c'est beaucoup plus que l'amour. « La substance même de la vie », dit Juliette-qui-danse.

    » Juliette danse (Madame Figaro)

    * Théâtre de la Ville, jusqu'au 29 novembre, puis en tournée mondiale. Voir nos éditions du 20 septembre 2008.
    » Retrouvez Juliette au Théâtre de la Ville avec le FigaroScope

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