
Jean-Michel Ribes et Michel Blanc arri vent au rendez-vous tout guillerets, emmitouflés dans leurs manteaux d'hiver. Depuis un mois déjà, ils défendent bec et ongles un film singulier, Musée haut musée bas, qui s'attaque avec beaucoup d'humour à la relation qu'entretiennent les Français avec l'art, les musées, la culture. Sans oublier l'art contemporain.
Dans Musée haut musée Bas, on découvre au fil de saynètes tantôt hilarantes, poétiques ou satiriques, un conservateur de musée terrorisé par les plantes vertes, des gardiens épuisés par Rodin, un ministre perdu dans une exposition de pénis, une voiture disparue au parking Rembrandt, des provinciaux amoureux des Impressionnistes, des touristes galopant d'une salle à l'autre, des passagers clandestins de l'Art premier, sans compter une fanatique de Kandinsky (formidable Muriel Robin) qui erre dans tout le musée à la recherche de son peintre préféré.
Ragaillardis par cette tournée provinciale, où nos deux « guides » ont montré en avant-première, devant des salles enthousiastes, ce long-métrage mosaïque, Jean-Michel Ribes et Michel Blanc se disent prêts à affronter le verdict tant du public que des critiques.
Mais au fait, que signifie exactement ce titre étrange, Musée haut musée bas ? « Depuis quelques années, je me suis rendu compte qu'il existait une culture haute et une culture basse. Et parfois, je me demande si la culture basse n'est pas plus intéressante que la haute, estime Jean-Michel Ribes, actuel directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris, auteur de fameuses émissions télévisées telles que « Merci Bernard » ou « Palace ». Au cœur de ce foutoir culturel contemporain, on finit par tout confondre. On ne sait plus si la Joconde est aussi importante que la dernière apparition de Jeff Koons. Et dans le fond, c'est ce qui m'amuse le plus. C'est d'abord ce qui m'a donné envie d'écrire mon spectacle. Puis d'en faire un film en forme de comédie satirique. »
C'est Michel Blanc qui tient le rôle de Mosk, le directeur de musée qui sert de fil rouge au film. Avec son sécateur, sa perruque, sa veste rouge et son obsession des plantes vertes, il incarne un administrateur monomaniaque, persuadé que la nature en veut à son musée. « Ce rôle de composition était très loin de moi, confie Michel Blanc. Mais avec l'aide de Jean-Michel Ribes, j'étais en confiance. La philosophie de ce personnage est pour le moins radicale. Selon lui, la nature n'est belle que lorsqu'elle est représentée par l'art. Les arbres étaient-ils beaux avant que Corot les aient peints ? Non ! La nature, qui n'est pas idiote, s'en est rendu compte. Elle tente depuis toujours de faire retourner l'être humain dans ses cavernes. Elle menace, essaie d'engloutir Venise, et forcément tente de détruire les musées. Par conséquent, pour mon personnage, toute plante verte, toute graminée, toute graine, devient une menace potentielle… Ce type est absolument traqué et passe son temps à déloger de son musée toute forme d'envahissement floral ou naturel ! »
Avec humour et une certaine ironie mordante, le film s'en prend aussi à l'art contemporain. Notamment à travers la séquence surréaliste de l'inauguration d'une exposition de pénis par un ministre de la Culture (génial André Dussollier) qui fait immanquablement penser à Jack Lang. « Je n'ai absolument aucune dent contre l'art contemporain, répond calmement Jean-Michel Ribes. Bien au contraire. À travers ce film, je voulais montrer qu'aujourd'hui, l'art est partout ! Les gens conduisent des voitures Picasso, se garent dans des parkings Vinci et trouvent le prix surréaliste. Je n'ai pas fait un film pour les spécialistes de l'art ou les grincheux ! J'ai voulu montrer avec Musée haut musée bas que la culture, l'art et la peinture sont en train d'envahir notre société. Au même titre que l'économie de marché mondialisée ou le marché de l'automobile. Et que finalement, tous ces créateurs joyeux sont formidables ! Pour moi, plus que jamais un musée est un endroit régénérant. Cela fait un bien fou. Comme une bonne thalassothérapie. D'ailleurs, j'ai une confession à vous faire : je respire mieux dans un musée que dans une forêt ! »
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