• Double acquittement dans l'affaire du berger de Castellar 

    De notre envoyé spécial à Aix-en-Provence, Stéphane Durand-Souffland
    21/11/2008 | Mise à jour : 20:25
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    Alain (à droite) et Jérôme Verrando ont clamé leur innocence avant la délibération du jury.
    Alain (à droite) et Jérôme Verrando ont clamé leur innocence avant la délibération du jury. Crédits photo : AFP

    Jérôme et Alain Verrando ont été innocentés de l'assassinat de Pierre Leschiera. Ce verdict constitue un revers pour l'institution judiciaire.

    Comme il y a beaucoup de vent dans le dossier du «berger de Castellar», le cor de la défense fait beaucoup de bruit. Certes, jeudi soir, les avocats de Jérôme Verrando, 34 ans, Mes Ginez et Dupond-Moretti, n'ont pas eu à jouer trop fort : la partie civile a renoncé à plaider contre leur client et l'avocat général a requis l'acquittement de la manière la plus ferme .

    Mais à l'encontre d'Alain Verrando, 59 ans, oncle du précédent, vingt ans de réclusion criminelle ont été demandés par le magistrat. Son instrument à lui, ce serait plutôt le basson. La partition de l'accusation est pleine de silences et il n'y a que des bémols à la clé : Roland Mahy, rouage subtil mais rouage tout de même d'un parquet général qui, après une série de déconvenues a, in extremis, obtenu la soudure expérimentale de deux dossiers distincts, n'a pas voulu, ou pas osé, requérir le double acquittement qui, judiciairement, s'imposait pourtant.

    Ils sont trois pour défendre Alain Verrando : Mes Gérard Baudoux, Béatrice Dupuy et Paul Lombard. Le premier, dont la voix modulée rappelle par instants celle du Pierre Fresnay de La Règle du jeu, flétrit vigoureusement l'«ovni procédural» qui conduit ici son client, acquitté en 2002. Surtout, il rappelle qu'«une culpabilité ne s'invente pas, elle se prouve» ; que l'«intime conviction n'est pas une loterie, mais la fille de l'évidence et de la raison». Il vient à peine de solliciter l'acquittement que Me Dupuy prend le relais et, en quelques minutes, met les jurés en garde contre le «délit de sale gueule».

    Il appartient à Me Lombard de conclure. Quelques secondes lui suffisent pour aller droit au but : «Vous acquitterez un homme contre lequel il n'existe aucune charge.» Jouant à merveille de son âge et des ficelles qui vont avec, il informe les jurés attentifs qu'il a «deux clients : Alain Verrando et la justice» mais, sagement, plaide davantage pour le premier, adressant quelques piques aux conseils de la partie civile et à l'avocat général : «Vous êtes allergiques à ce dossier car ce dossier est allergique à votre thèse.»

    Investigations bâclées

    Tour à tour Marius, Sganarelle ou Lear, il pourfend le dossier hybride, véritable «Yéti du droit pénal», transforme un client peu sympathique en simplet fort en gueule mais inoffensif et, à l'ancienne, substitue sa Légion d'honneur à la carabine d'Alain Verrando en clamant : «On me persécute !»

    Pas de témoignage, pas de preuve, pas d'aveu, investigations bâclées, tout ceci est vrai, tout ceci a été archidébattu par les assises. Me Lombard trouve même un alibi à M. Verrando, quand l'accusation soutient qu'il n'en a pas : son réveil - les gendarmes l'ont vérifié le soir du crime - était réglé sur 6 h 50. L'accusé a toujours dit s'être levé à cette heure-là, le 17 août 1991 ; or, il était 6 h 05 lorsque Pierre Leschiera fut assassiné de deux coups de feu dans le dos. «Tant pis si j'y laisse mes dernières forces, termine Me Lombard dans un souffle parfaitement dosé. Je vous supplie, en l'acquittant, de préserver l'honneur d'Alain Verrando et l'avenir de la justice.»

    «Je suis innocent», affirme Jérôme Verrando. «Je n'ai pas tué Pierre», renchérit son oncle. La cour se retire sur ces mots.

    À 15 h 05, le verdict laisse les Leschiera figés de stupeur : la justice qui, depuis 1991, leur promet la vérité, mais pas toujours la même, a lamentablement failli. Les deux chasseurs acquittés, eux, s'étreignent en pleurant. Le jury n'a pas délibéré deux heures. Son verdict s'est imposé à la vitesse du vent.

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