• Villa Clavier : les occupants écopent d'une amende 

    De notre envoyé spécial à Ajaccio, Cyrille Louis
    21/11/2008 | Mise à jour : 20:12
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    Crédits photo : AFP

    Le procès s'est déroulé en l'absence des prévenus, condamnés à payer 500  euros chacun, qui voulaient ainsi protester contre la «militarisation» du tribunal.

    Les responsables de la sécurité sur l'île prédisaient une audience sous haute pression. Hier, c'est pourtant le plus calmement du monde que s'est tenu, à Ajaccio, le procès des dix militants nationalistes accusés d'avoir, le 30 août dernier, violé la propriété privée de Christian Clavier.

    Dénonçant la « militarisation » du palais de justice et cherchant manifestement à éviter la confrontation entre leurs partisans et les forces de l'ordre, Jean-Guy Talamoni et les siens avaient refusé de comparaître. À l'issue d'un court délibéré, ils ont été condamnés à une peine de 500 euros d'amende dont ils ont aussitôt indiqué vouloir faire appel - comme pour profiter un peu plus longtemps de la tribune inespérée que leur offre, depuis bientôt trois mois, l'affaire Clavier.

    En perte de vitesse il y a encore quelques semaines, les partisans de Jean-Guy Talamoni occupent le devant de la scène corse depuis que leur intrusion dans la résidence du comédien, visant à protester contre un nouveau plan d'aménagement de l'île, a déclenché le limogeage du haut fonctionnaire de police Dominique Rossi. «Comme souvent lorsqu'ils sont en difficulté, les nationalistes surfent sur le thème fédérateur de la protection de la terre corse, décrypte un observateur de la vie insulaire. Or, en dramatisant l'affaire Clavier, on a donné des proportions énormes au débat sur le Projet d'aménagement et de développement durable (Padduc) de la Corse, qui n'intéressait jusqu'alors qu'une minorité de gens.»

    À l'instar de plusieurs associations écologistes très actives, les élus de Corsica Nazione refusent notamment la «désanctuarisation» de certaines parties du littoral prônée par les élus UMP de l'Assemblée territoriale. «La terre corse n'est pas à vendre», martèle ainsi Jean-Guy Talamoni, qui dénonce le «mélange des genres pratiqué par Camille de Rocca-Serra, président de l'Assemblée de Corse et promoteur immobilier très implanté dans le sud de l'île».

    «Regain de tensions »

    Les partisans du Padduc rétorquent que la Corse, confrontée à d'importantes difficultés économiques, a tout à gagner au développement de nouveaux sites touristiques sur des zones actuellement inhabitées. Dans ce contexte, les forces de l'ordre observent depuis plusieurs mois que les résidences secondaires sont de plus en plus souvent prises pour cible par les poseurs de bombe, alors même que le nombre global d'attentats décroît. Dans la nuit de jeudi à vendredi, précédant le procès des dix militants nationalistes, trois résidences secondaires ont été la cible d'attentats tandis qu'un couple de retraités vivant près d'Ajaccio a été brièvement séquestré par des inconnus qui auraient évoqué «une motivation politique». «Tout cela montre bien que l'affaire Clavier provoque actuellement un regain de tensions», estime un policier.

    À l'audience, le procureur José Thorel a requis hier la condamnation des prévenus à 2 000 euros d'amende après avoir justifié leur renvoi en soulignant qu'«en violant le domicile de Christian Clavier, ils ont violé une liberté constitutionnelle fondamentale». De son côté, l'un des avocats de la défense, Me Jean-Michel Mariaggi, a dénoncé «une justice viciée» tandis que ses clients ont appelé à manifester prochainement contre le Padduc.

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