• La prise en charge des phobies scolaires progresse

    Aude Sérès
    28/10/2008 | Mise à jour : 22:48
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    Le refus maladif de prendre le chemin de l'école est de plus en plus reconnu.

    Depuis l'entrée de son fils Joey en maternelle, Isabelle vit un véritable parcours du combattant. D'abord des larmes, puis de véritables peurs panique avant d'aller à l'école, sans parler des insomnies. D'absences répétées en retours ratés, les années de primaire du jeune ­garçon, scolarisé dans un petit village de l'Yonne, se sont transformées en enfer. «En CM2, cela s'est corsé, il avait de grosses insomnies, un manque total d'appétit ; nous avons décidé de le scolariser à domicile», explique-t-elle. Aujourd'hui, en 4e, Joey suit des cours par correspondance. «C'est un soulagement», note sa mère. Comme lui, des centaines d'enfants sont atteints de ce que l'on a coutume d'appeler la phobie scolaire.

    Psychologues praticiennes à l'hôpital Robert-Debré, Marie- France Le Heuzey et Marie-Christine Mouren viennent de consacrer un ouvrage * à cette pathologie qui commence à être prise en compte. «La phobie scolaire atteint 1 % à 5 % des enfants scolarisés», estiment-elles. Tableau classique : de véritables attaques de panique lors du départ à l'école. «L'enfant est débordé par une angoisse incontrôlable : il crie, s'agrippe, exprime des signes physiques tels douleurs abdominales, céphalées, pâleurs, palpitations, tremblement, menaces de fugue, décrivent-elles. Les symptômes cessent dès que l'enfant est autorisé à rester chez lui.» Des mécanismes qui peuvent s'installer pendant des années et bouleverser une vie de famille. Avec parfois l'accord des médecins, dépassés par le phénomène et le désarroi des familles.

    Des causes multiples

    Romain, 16 ans, vient de retourner au lycée après deux ans d'absence, parce qu'«il avait peur du regard des autres». Le voilà à nouveau à la maison. «J'ai laissé tomber la semaine dernière, c'était trop dur, les profs me faisaient des remarques», lâche-t-il. À l'origine de ces crises, ces psychologues évoquent des anxiétés fortes de la séparation ou des événements traumatiques ayant généré un stress. Et recommandent une grande attention. Enfin, une trop forte exigence de l'entourage peut mener au refus scolaire. C'est le cas de Grégoire pour qui tout s'est bloqué il y a deux ans alors qu'il était en 5e. «J'avais trop de pression, j'ai commencé à sécher, puis j'ai enchaîné les crises d'angoisse et de mutisme», explique-t-il.

    Face au désarroi des enfants et des familles, les réponses se mettent peu à peu en place. À l'hôpital Robert-Debré, où des jeunes sont hospitalisés dans l'unité de pédopsychiatrie, une équipe de trois enseignants travaille à une réinsertion dans le cadre scolaire. «Il faut une prise en charge précoce du phénomène et ne pas laisser s'installer le refus, souligne Marie-France Le Heuzey. Si on peut éviter une scolarisation via le Cned à la maison, c'est mieux, car le risque est de s'installer dans un certain confort en se coupant de l'institution.» Ensuite, le retour à l'école est envisagé. «Ces enfants ont parfois un désir d'école, mais le retour doit être progressif», souligne Thierry Gelinote, instituteur spécialisé à Robert-Debré, qui admet qu'il y a parfois des échecs.

    À la Maison de Solenn, à Paris, les ados sont suivis pour ces pathologies. D'autres initiatives de réinsertion ont vu le jour, à l'initiative de la Fondation Santé des étudiants de France. À Rennes, l'annexe du lycée Chateaubriand, située dans une clinique aux abords de l'établissement, propose des classes projets en petits groupes sur des durées de sept semaines, avec un programme adapté, mais sans référence à aucun niveau ni à aucun programme. Intervention, recherche en bibliothèque, projet d'orientation mené avec les enseignants qui se termine par une réinsertion dans un lycée classique. L'expérience peut être prolongée par des classes à très petits effectifs. À Grenoble, à l'unité de soins études de l'académie de Grenoble, des classes-passerelles sont organisées en lien avec le collège Stendhal et le lycée Champollion.

    * «Phobie scolaire», Dr Marie-France Le Heuzey et Pr Marie-Christine Mouren, Ed. JLyon

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