
À Castres, le 8, comme on appelle le 8e régiment parachutiste d'infanterie de marine (Rpima), s'est replié sur lui-même. Avec huit soldats tués sur les dix, auxquels s'ajoutent 17 blessés, ce régiment d'élite a payé un lourd tribut. Devant les grilles, des passants sont venus aux nouvelles. Mais rien ne filtre. Les militaires, sous le choc, réservent leur attention aux familles, qui, dès le matin, ont cherché à savoir. La cellule d'aide psychologique et d'accueil mise en place dans la caserne est assaillie d'appels, des parents, des frères, des pères, mais aussi des collègues, qui posent sans cesse les mêmes questions, tandis que les familles doivent être accueillies discrètement.
Seul le blog ouvert lorsque les nouveaux contingents sont partis pour l'Afghanistan durant l'été laisse maintenant perler la douleur. À côté des photos qu'avaient postées les soldats pour leurs familles, avec des commentaires malicieux, tandis qu'ils s'installaient dans leur campement en Afghanistan, disant que le menu du jour importait encore, la guerre a fait irruption. Dix morts, huit à Castres, un du régiment de marche du Tchad (RMT) de Noyon, et un du régiment étranger de parachutistes (REP) de Calvi. Depuis, les messages des familles du «8» disent le soulagement de ceux qui ont été épargnés et la solidarité avec les endeuillés.
«Grosse angoisse ce matin, puis soulagement parce que le fiston est intact, mais l'angoisse reste et la peine pour tous les frères d'armes qui ont été tués ou blessés», peut-on lire. «J'ai déjà perdu le papa de ma grande fille, et celui de mon petit garçon est là-bas. Même s'il va bien aujourd'hui, je tremble.» Castres tout entière semble d'ailleurs sous le choc. «Nous sommes une ville de garnison, en symbiose avec notre régiment», explique-t-on à la mairie. Les drapeaux ont été mis en berne, comme une «première marque de solidarité», explique Jean-Philippe Audouy, adjoint au maire de Castres. «Parallèlement, un registre a été installé dans le hall de la mairie pour que les habitants puissent venir inscrire des marques de soutien aux soldats et aux familles des victimes.» Avec plus de 1 000 soldats, installés pour la plupart avec leurs familles dans les faubourgs de Castres, le Rpima n'était pas un camp retranché. Au début du mois, des centaines de rubans jaunes avaient été vendus pour améliorer le quotidien des quelque 500 hommes et femmes envoyés en Afghanistan, pour participer à la force de l'Otan dans ce pays, en juin et juillet derniers. Des paras en mission qu'on attendait de voir revenir.
À Noyon (Oise), à plusieurs centaines de kilomètres de là, un drapeau tricolore en berne flottait également sur la place d'armes déserte. Hissé tôt mardi matin, en même temps que retentissait «Aux morts», il demeurait mardi le seul signe visible du deuil porté par le régiment de marche du Tchad (RMT), après l'attaque en Afghanistan. Présent dans une colonne envoyée pour porter secours aux parachutistes pris à partie par les talibans, un jeune soldat du RMT, originaire de Nouvelle-Calédonie, est mort lorsque son véhicule de l'avant blindé s'est renversé, blessant quatre de ses camarades. Envoyées en Afghanistan au mois de mai dernier, dans le cadre d'une relève classique de 450 hommes, les victimes sont décrites par un officier comme des recrues «expérimentées», «des soldats qui avaient leur place parmi nous, aptes au combat». Non sans mal, le commandement du RMT s'efforçait, mardi, de joindre les parents du jeune marsouin mort au combat, afin d'organiser leur venue en métropole. Du bout des lèvres, certains avouaient enfin leur difficulté : «On a choisi d'être ce qu'on est, confessait un officier. Mais, même si notre volonté d'être au service de l'institution nous aide à relativiser, perdre un camarade est toujours quelque chose de difficile pour nous.»
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